Mon enfant ment comment réagirPourquoi mon enfant ment ? Voici la réponse qui va vous surprendre :
Par Adèle, thérapeute systémique (école de Palo Alto) et maman de 4 ados
Pourquoi mon enfant ment alors que je lui ai expliqué cent fois que ce n’était pas bien ? La réponse va vous surprendre : ce n’est pas un problème de morale, mais de stratégie. Décryptage du syndrome de Pinocchio, cette tendance à s’enfoncer dans le mensonge… quand on le combat de front. Et si la solution était d’autoriser ce que l’on interdit ?
Spoiler : la solution n’est (presque) jamais de punir plus fort.
« Maman, c’est pas moi ! »
« Je te jure, j’ai pas fait exprès ! »
« C’est la faute à [le chat/le frère/la voisine] ! »
Si ces phrases vous sont familières, sachez que vous n’êtes pas seul.
Tous les parents (moi la première) ont un jour regardé leur enfant avec un mélange d’incompréhension et d’exaspération en se demandant : « Mais POURQUOI il ou elle persiste à mentir alors que c’est EVIDENT ? »
La réponse ? Parce que votre enfant est prisE par syndrome de Pinocchio. Et non, je ne parle pas de son nez qui s’allonge (même si l’image est tentante). Je parle de ce cercle vicieux où plus on interdit le mensonge, plus l’enfant s’y enfonce.
Mon fils aîné, Vivien (aujourd’hui 20 ans, merci de ne pas faire le calcul de mon âge), a un jour accusé sa sœur de 15 mois d’avoir dessiné une étoile à 8 branches parfaite sur le drap housse blanc de son lit. Spoiler : Ambre ne savait même pas tenir un crayon.
Ma réaction à l’époque ? « Vivien, je te donne une dernière chance. Si tu continues à mentir, tu auras DEUX punitions : une pour le dessin, une pour le mensonge. »
Résultat ? Il a persisté. Et moi, j’ai puni…
Sauf que bien sur il a recommencé et qu’on s’est payé une crise (il à pas bien aimé la punition à la « place » de sa soeur) pour pas grand chose.
Morale de l’histoire : J’ai gaspillé mon énergie à punir pour un mensonge… alors que le vrai problème était mon incapacité à comprendre POURQUOI il mentait.
Soyons honnêtes autant que faire ce peut avec nous même 5 segondes.
Nous tous, adultes, mentons tous les jours :
« Oh, ce pull est… original ! » (en substance : « Il est hideux, mais je ne veux pas blesser Mamie »)
« Désolée, je suis malade » (sous-titre : « J’ai juste besoin d’une journée sans réunion »)
« J’adore ton gâteau ! » (traduction : « Non Pierre, je le garde quand même car c’est offert de bon coeur » coeur sur vous si vous avez la ref…)
Nos enfants apprennent de nous. Si on leur demande de remercier pour un cadeau qu’ils détestent, on leur enseigne… à mentir.
Le mensonge a toujours une utilité. Toujours. Deux possibilités :
Éviter quelque chose de désagréable (une punition, une déception, un conflit).
Obtenir quelque chose de désirable (une sortie, un jouet, de l’attention).
Exemple avec ma nièce (16 ans) : Elle veut absolument aller à une fête. Ses parents disent non (par peur pour sa sécurité). Elle ment, sort en douce, se fait gronder… et recommence. Le problème n’est pas le mensonge. Le problème, c’est que ses parents et elle n’ont pas trouvé de solution qui réponde à son besoin (sortir) ET à leur besoin (la sécurité).
Oui, vous avez bien lu. L’école de Palo Alto (ma boussole en thérapie systémique) nous apprend à inverser la ponctuation : au lieu de dire « Ne mens pas ! », on dit… « Vas-y, mens ! »
Pourquoi ? Parce que plus on interdit le mensonge, plus l’enfant se sent obligé de mentir pour se protéger.
Ancienne réaction : « C’est toi ?! Tu vas être puni ! »
Nouvelle réaction (180 degrés) : « Wow, ta sœur est vraiment douée ! Elle a utilisé quel feutre pour faire ces étoiles ? » (recadrage + humour)
OU
« Je sais que c’est toi, et c’est pas grave. Par contre, la prochaine fois, dessine sur cette feuille-là, comme ça on peut effacer. Et ce drap, on le garde comme œuvre d’art ! »
Résultat : L’enfant n’a plus besoin de mentir. Le nez de Pinocchio rétrécit.
Ancienne réaction : « Tu es privée de sortie jusqu’à la fin de tes jours ! » (tentant, mais impossible)
Nouvelle réaction (180 degrés) : « OK, je vois que tu veux vraiment y aller. Moi ce qui m’inquiète, c’est ta sécurité. Comment on peut faire pour que tu ailles à cette fête… sans que je doive t’appeler toutes les 10 minutes ? »
Résultat : On décuple le mensonge (on l’autorise) pour désamorcer le vrai problème (la sécurité).
Attention : si les mensonges sont répétés, compulsifs, ou accompagnés d’une rupture de communication, il peut y avoir une souffrance sous-jacente (honte, peur, manque de confiance)
Comme à chaque fois quand il y à souffrance, je vous conseille de consulter pour vous aider à sortir de ce cercle vicieux(Je peux vous orienter si besoin !)
Ne pas prendre le mensonge personnellement. Ce n’est pas contre vous, c’est pour lui ou elle.
Chercher le besoin derrière le mensonge. Éviter ? Obtenir ? Les deux ?
Autoriser le mensonge (oui, vraiment). « Je sais que tu as menti, et c’est OK. Par contre, parlons de [le vrai problème]. »
Trouver une solution qui répond aux besoins de TOUS. Exemple : « Tu veux sortir ? Moi je veux ta sécurité. Comment on fait ? »
Éviter : Les punitions doubles, les sermons moraux (« Mentir, c’est mal ! »), les menaces.
Exercice : La prochaine fois que votre enfant ment, demandez-vous :
Partagez vos expériences dans les coulisses du podcast (groupe Telegram gratuit) ! On débriefe ensemble, sans jugement, avec des parents qui galèrent comme vous.
Pour aller plus loin :
Je vous conseille l’excellent podcast : J’ai un problème par Emanuelle Piquet et Rebecca Ricci, notamment l’histoire de Camille (mais toutes sont très apprenantes) et de l’intérêt du mensonge… parfois !
PS : Mon fils Vivien a aujourd’hui 20 ans… et il dessine toujours sur des feuilles. Preuve que même les pires menteurs finissent par grandir.
