Par Adèle, thérapeute systémique (école de Palo Alto) et maman de 4 ados, dont le talent pour contourner les règles parentales force l’admiration.
Ados et écrans : voici le duo qui a failli me rendre folle.
Je suis thérapeute systémique, et mon métier consiste à aider les familles à sortir des cercles vicieux.
Ironie du sort, j’ai mis des années à comprendre que j’y étais moi-même enfermée avec mes propres ados et leurs écrans.
Aujourd’hui, je vous raconte comment j’ai cessé de me battre… et pourquoi cela a changé la donne.
Tout a commencé avec Vivien, mon aîné. À 11 ans, il a reçu son premier smartphone. Une décision pragmatique : il traversait Lyon en métro seul.
Erreur stratégique.
J’aurais dû me méfier : un ado avec un smartphone, c’est comme un chat avec une souris. La chasse était ouverte.
Vivien se levait la nuit pour rallumer le Wi-Fi. Preuve ? Notre coucou, ce traître, a sonné trois coups à 3h du matin.
Trois. Pas deux, pas quatre.
Comme pour souligner l’absurdité de la situation : ma vigilance nocturne était vaincue par un simple interrupteur !
J’ai cru son explication :« Je suis allé boire un verre d’eau » (un mensonge bien classique, comme ceux que je décrypte dans mon article sur le syndrome de Pinocchio : pourquoi nos enfants mentent) avant de réaliser, le lendemain matin, que le Wi-Fi fonctionnait à merveille.
Premier round : 1-0 pour Vivien.
Ambre, sa sœur, a fait mieux. Son temps d’écran affichait 18h sur… Pages, en un seul week-end.
Sauf que Pages est un logiciel de traitement de texte (Apple).
18 heures de rédaction intensive ? Même Proust aurait trouvé cela suspect.
En réalité, elle y avait collé des liens YouTube.
Deuxième round : 2-0 pour les enfants.
Quant à la Switch, je l’ai confisquée si souvent que je l’ai retrouvée, trois semaines plus tard, dans mon propre placard. Je la lui ai rendue avec un sermon sur la responsabilité.
Le lendemain, elle était sous son oreiller.
Score final : Adèle 0 – Ados 3.
J’ai alors compris que je jouais seul contre une équipe.
Pendant le confinement, j’ai capitulé. Non par lâcheté, mais par lucidité : entre les quatre enfants à la maison, l’école à distance, les 40 mails quotidiens des professeurs (comme si nous n’avions que cela à faire), et un mari soignant en première ligne, j’ai atteint mes limites.
J’ai aussi eu l’occasion d’observer ce que l’équation écrans et ados donnait dans la vraie vie : mes enfants ne changeaient absolument pas malgré une consommation bien supérieure à avant (confinement et école à la maison oblige).
Pas de troubles de l’humeur ou du sommeil, pas de difficultés de concentration… les mêmes qu’avant (soit pas du tout ce que j’avais lu sur le net…) !
Un soir, j’ai décidé de lâcher totalement prise et enlever tous les contrôles en place.
J’ai bien dit tous.
Effet immédiat.
Vivien a structuré son temps comme un PDG : travail d’abord, écrans ensuite.
Ambre a elle-même limité son temps d’écran quand ses notes ont baissé.
Notre relation s’est apaisée.
Et moi, j’ai retrouvé la paix (et une charge mentale en moins) !
Comme beaucoup de parents je crois, je pensais logiquement : « Je dois contrôler les écrans, sinon mon enfant va en abuser. »
L’école de Palo Alto m’a appris à inverser la ponctuation : « C’est le fait même de contrôler les écrans qui qui pousse mon enfant à en abuser. »
Je me suis donc retrouvée devant ce qu’on appelle dans notre jargon une alternative stratégique : deux options, aussi peu satisfaisantes l’une que l’autre.
Option 1 : Contrôler. Votre ado triche, râle, et se rebelle. Vous passez votre temps à surveiller, MAIS son temps d’écran est un tant soit peu mesurer
Option 2 : Lâcher prise. Votre ado se responsabilise et surtout la relation s’améliore. Vous gagnez du temps et de la charge mentale, MAIS son temps d’écran sera très probablement bien supérieur à ce que vous aimeriez et très variable (merci les week-end de pluie).
Il n’existe pas de solution universelle. Tout dépend de l’âge de votre enfant, de sa maturité, et de votre propre seuil de tolérance au chaos.
Personnellement, j’ai choisit le contrôle pendant l’enfance, parce que pour moi à cet âge, ça reste adapté (j’ai suivi peu ou prou les recommandation de Serge Tisseron).
Lorsque mes enfants ont reçu (de notre part !) un écran personnel, j’ai choisi la 2ème option.
Je reste assez convaincue que chaque parent, chaque famille sait choisir la bonne option, dans son contexte, ses contraintes, ses valeurs et croyances.
Par contre, chercher une autre option (celle avec des aqualicornes et des paillettes), un entre deux ou les enfants seraient ravis d’avoir un écrans mais pas le loisir de s’en servir ou au contraire toute liberté mais une consommation d’ascète… est un combat vain, et possiblement souffrant.
Vos enfants ne seront pas toujours contents. C’est normal !
Nos enfants ne peuvent pas valider avec bonheur la multitude de règles que nous sommes voués à leur imposer tous les jours.
Et heureusement !
Un ado qui ne râle pas est soit en train de comploter, soit de regarder des vidéos de chats. Dans les deux cas, méfiez-vous !
Si ce sujet vous intéresse, je vous recommande le livre de Béatrice Kammerer, Nos ados sur les réseaux sociaux, même pas peur. Une approche nuancée, scientifique et déculpabilisante – exactement ce dont les parents ont besoin dans ce débat.
Ne prenez pas les écrans personnellement. Ce n’est pas une attaque contre vous, mais une dynamique familiale classique. Même les thérapeutes y succombent.
Choisissez votre camp :
Acceptez que vos enfants ne soient pas toujours ravis. C’est dans l’ordre des choses.
Trouvez votre équilibre, pas celui des autres. Même s’il est imparfait.
Et enfin : les écrans peuvent être une belle épine dans nos pieds de parents, mais ils peuvent aussi être source de souffrance, n’hésitez pas à vous faire aider si c’est le cas, et n’oubliez pas ma maxime : ne jamais tourner le dos à votre intuition sans un autre guide expérimenté.
Exercice (si vous osez) : La prochaine fois que les écrans vous épuisent, posez-vous ces questions :
Ce combat me coûte-t-il plus qu’il ne m’apporte ?
Puis-je tester le lâcher-prise, ne serait-ce que pour une semaine ?
Partagez vos expériences dans les coulisses du podcast. On en discute entre parents sans jugement, car nous avons tous nos défis.
PS : Mon fils Vivien, aujourd’hui en études de création de jeux vidéo, passe toujours beaucoup de temps sur ses écrans. Pourtant, il a obtenu son bac avec mention Très Bien.
Preuve que parfois, perdre la bataille permet de gagner la guerre...
