Je suis Adèle, thérapeute systémique selon l'école de Palo Alto et podcasteuse

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Les écrans et les adolescents.
S’il existe un sujet capable de déclencher des débats sans fin entre parents, c’est bien celui-là.
Temps d’écran, addiction, téléphone portable, réseaux sociaux, jeux vidéo, sommeil, concentration, harcèlement… Les injonctions sont partout. Et pendant longtemps, j’ai essayé d’être “la bonne mère” sur cette question.
J’ai contrôlé.
J’ai limité.
J’ai confisqué.
J’ai puni.
Et puis un jour, j’ai tout lâché.
Pas par idéologie.
Pas parce que je pensais que “les écrans ne sont pas un problème”.
Mais parce que je me suis rendu compte que ce que je faisais ne fonctionnait plus.
Et surtout : parce que je voyais ma relation avec mes enfants s’abîmer autour de cette guerre permanente.
Aujourd’hui, avec plusieurs adolescents à la maison, je peux enfin prendre du recul sur ce choix éducatif. Et honnêtement ? La réalité est très loin des catastrophes qu’on m’avait promises.
Comme beaucoup de parents, tout a vraiment commencé à l’entrée au collège.
Mon fils a eu son premier smartphone en sixième. Pas seulement pour appeler : un vrai téléphone, avec les applications, Internet et les réseaux.
Pourquoi ? Parce que je savais à quel point être “à part” peut être difficile à l’adolescence. Je ne voulais pas qu’il soit le seul à avoir un téléphone “bridé”.
Mais très vite, la question des écrans est devenue un énorme sujet à la maison.
Au départ, j’ai mis énormément de contrôle :
Et malgré tout ça… il trichait.
Toujours.
Je crois que beaucoup de parents connaissent ce moment de solitude :
Tu mets une règle.
Ton enfant connaît la conséquence.
Tu punis quand la règle n’est pas respectée.
Et pourtant… il recommence.
Encore.
Et encore.
Chez nous, ça a pris des formes parfois presque absurdes :
À un moment, j’ai compris quelque chose d’essentiel :
Plus je contrôlais, plus mes enfants développaient des stratégies pour contourner le contrôle.
Et surtout : plus les écrans devenaient obsessionnels.
Le confinement a été un énorme tournant dans ma réflexion.
Comme tout le monde :
Et pourtant…
Je ne voyais pas les effets catastrophiques qu’on nous annonçait partout.
Je ne voyais pas :
Ça ne voulait pas dire que les écrans étaient anodins.
Mais ça remettait sérieusement en question tout ce qu’on m’avait appris à craindre.
Le moment où tout a changé, c’est quand mon fils m’a expliqué quelque chose de très simple.
À partir du moment où je lui ai retiré les limitations, il s’est mis à mieux gérer seul son temps.
Pourquoi ?
Parce qu’il savait que les écrans seraient toujours disponibles.
Et là, j’ai compris un mécanisme psychologique fondamental : la restriction cognitive.
Plus quelque chose est interdit, plus il devient obsessionnel
C’est exactement le même phénomène qu’avec les régimes alimentaires.
Quand on se dit :
“Je n’ai plus le droit au chocolat.”
Le cerveau se focalise sur le chocolat.
Et quand on craque… on mange énormément.
Avec les écrans, c’est pareil.
Quand un enfant sait que :
alors il cherche à :
Les écrans prennent alors une place énorme… précisément parce qu’ils sont contrôlés.
Quand mon fils a voulu apprendre le développement de jeux vidéo, il lui fallait un ordinateur dans sa chambre.
J’ai compris à ce moment-là que je ne pourrais plus contrôler efficacement ses usages.
Alors j’ai pris une décision extrêmement difficile :
J’ai retiré tous les contrôles.
Plus de limite de temps.
Plus de confiscation.
Plus de contrôle des applications.
À la place, j’ai décidé de surveiller autre chose :
En résumé :
Les écrans pouvaient prendre beaucoup de place… tant qu’ils ne devenaient pas toute sa vie.
Au début, il y a eu une phase d’excès.
Couchers tardifs.
Jeux vidéo en boucle.
Grosse consommation d’écrans.
Et honnêtement ? C’était très angoissant.
Mais progressivement, quelque chose s’est régulé.
Aujourd’hui :
Le plus frappant, c’est ça :
Quand je propose une activité, ils peuvent poser leurs écrans immédiatement.
Parce qu’ils savent qu’ils y auront encore accès plus tard.
Il n’y a plus cette urgence permanente.
Avec le recul, ce n’est pas le “temps d’écran” qui me semble le plus important.
Le plus important, c’est :
Pendant longtemps, mes enfants avaient peur de me parler de ce qu’ils vivaient en ligne.
Pourquoi ?
Parce qu’ils savaient que je pouvais confisquer.
Et ça, pour moi, c’est devenu le vrai danger.
Un adolescent qui :
doit pouvoir venir en parler sans craindre une punition immédiate.
Non.
Et c’est important de le dire clairement.
Je ne pense pas qu’il existe une solution universelle.
En réalité, il n’existe selon moi que deux grandes approches :
Le contrôle peut être pertinent, surtout chez les plus jeunes.
Mais il faut accepter ses effets secondaires :
Le lâcher-prise peut améliorer énormément la relation parent-ado.
Mais il comporte aussi des risques :
Aucune des deux options n’est parfaite.
Et surtout :
il n’existe pas de “voie magique du milieu” où les enfants seraient limités sans frustration et parfaitement raisonnables.
Aujourd’hui, mes enfants ont grandi.
Et ce que je vois, ce sont des adolescents qui considèrent les écrans comme :
Mais pas comme “la vraie vie”.
La vraie vie, elle est :
Et honnêtement, je ne suis pas certaine d’avoir obtenu ça si j’étais restée dans une logique de contrôle permanent.
Si la question des écrans détruit la relation avec ton enfant ou ton adolescent, alors oui, ça vaut probablement le coup de réfléchir autrement.
Pas pour obtenir un enfant “parfaitement autonome”.
Pas pour espérer des résultats miracles.
Mais pour retrouver :
Parce qu’au fond, ce dont nos enfants ont le plus besoin quand ils grandissent, ce n’est pas d’être parfaitement surveillés.
C’est de savoir qu’ils peuvent venir nous parler quand quelque chose ne va pas.