Adèle Singier Thérapeute familiale · Lyon

Colères · Opposition

Mon enfant s'oppose à tout et explose pour un rien : que faire quand on est à bout ?

Du « non » au réveil aux crises du soir : vous n'êtes ni seuls, ni de mauvais parents.

Par Adèle Singier, thérapeute familiale à Lyon · Publié le · 6 min de lecture

Une petite fille en pleurs devant son bol

« Est-ce que c'est normal ? »

C'est LA question que j'entends en consultation. Des parents épuisés par un enfant qui s'oppose à tout, explose pour un rien et règne sur la maison comme un petit dictateur. Avec, juste derrière, une question qu'ils n'osent pas toujours poser : « Qu'est-ce que j'ai raté ? »

Spoiler : rien. Et vous êtes bien plus nombreux que vous ne le croyez. Simplement, entre la pression et la culpabilité qui pèsent sur les parents, très peu osent le raconter.

Du matin au soir, la maison à bout

7 h 30 : « Non. » S'habiller ? Non. Petit-déjeuner ? Non. Les dents ? N'en parlons pas. Arriver à l'école à l'heure avec un enfant qui s'oppose à tout relève du miracle, et je me demande sincèrement comment vous faites.

Petite pause pendant l'école (pendant laquelle vous travaillez, hein). Puis le soir, vous récupérez tout ce petit monde, déjà rincé… et ça recommence, jusqu'au coucher.

Vous avez l'impression de vivre avec un enfant équipé d'une télécommande et d'une ceinture d'explosifs : « Si tu ne fais pas ce que je veux, je fais tout sauter. » Quand je sors cette image en consultation, les parents rient jaune : « C'est exactement ça. »

Rassurez-vous : c'est toujours vous qui avez le pouvoir. Mais il essaie d'en prendre tellement que vous ne le sentez plus du tout.

Quand on finit par s'isoler

Ce qui me déchire le cœur, c'est quand la famille finit par se replier. Plus d'anniversaires, plus de repas de famille, plus de parc. On refuse les invitations pour éviter la crise en public… et le regard des autres parents, dont l'enfant « se tient très bien, merci ».

Je connais. Mon dernier n'a pas été facile, et j'en ai entendu : « Il faut le visser », « Il faut le punir », « Sois plus ferme ». Merci, très utile, quand on est déjà à bout.

Le piège, c'est que ne plus sortir entretient le problème : il ne reste que les moments pénibles, et plus aucun moment fun avec votre enfant.

Vous n'avez rien raté

Tous les enfants ne sont pas aussi faciles à élever. Certains sont plus « musclés » à la négociation, ont plus de mal avec la frustration, résistent davantage. C'est injuste, mais c'est souvent une question de chance : vous êtes tombé sur un enfant pas facile, peut-être à un moment de votre vie qui ne l'était pas non plus.

Il y a aussi des phases d'opposition tout à fait normales : vers 2 ans (le fameux terrible two) et à l'adolescence. Selon la souplesse qu'on y met, elles passent… ou elles s'installent.

Et disons-le franchement : c'est difficile d'aimer un tyran. Vous aimez votre enfant de tout votre cœur, mais avoir envie de le jeter par la fenêtre certains soirs (vous ne le ferez pas), c'est humain. Ses frères et sœurs en ont parfois ras-le-bol aussi. Ça ne fait pas de vous de mauvais parents.

Pourquoi punitions et chantage ne marchent pas

Vous avez tout essayé, et surtout ce que tout le monde vous conseille : punir, priver, menacer, voire faire un peu peur (« J'appelle la police ! »). Vous le faites… et ça ne marche pas. Pourquoi ?

Parce que la punition envoie un message que vous ne voyez pas : « Ton comportement est tellement un problème pour moi que j'en arrive là. » Traduction côté enfant : « Ça marche ! » Et si ça fait de l'effet, il y a peut-être moyen d'échapper aux haricots verts.

Il suffit d'avoir cédé une fois à bout de forces, ou d'avoir brandi une menace jamais appliquée (qui n'a jamais dit « tu seras privé de cadeaux de Noël » ?), pour que l'espoir s'installe. Et les enfants très persévérants n'ont besoin que d'une victoire sur vingt pour continuer jusqu'au bout du bout. D'ailleurs, beaucoup viennent s'excuser après la crise : le but n'était pas de vous faire craquer, juste d'obtenir ce qu'ils voulaient.

Attention, il ne s'agit pas de tout céder (bonjour les tyrans de compétition). L'enjeu, c'est que la crise devienne un problème pour votre enfant, et plus pour vous. Quand ses colères ne vous atteignent plus, il n'a plus rien à gagner, juste des conséquences à assumer. Et là, ça bouge.

Comment ? Pas de recette toute faite : je « tricote » avec chaque famille, à partir de détails très précis, et j'ajuste d'une séance à l'autre.

TOP, « enfant tyran » : attention aux étiquettes

On parle de plus en plus du trouble oppositionnel avec provocation (TOP). Je ne suis pas contre ce diagnostic, mais pas fan non plus.

Son avantage : il soulage les parents (« ce n'est pas vous »). Son risque : en collant une étiquette sur l'enfant, on oublie de chercher des solutions dans la relation. Résultat : « OK, mon enfant est opposant… et maintenant, je fais quoi ? »

Ce n'est pas votre faute, mais vous n'êtes pas impuissants pour autant. Un enfant harcelé n'est jamais responsable de ce qu'il subit, et pourtant il peut apprendre à relever la tête. Avec un enfant très opposant, c'est pareil : il va falloir jouer une autre partition, et vous en êtes tout à fait capables.

Quand faut-il consulter ?

Les situations qui amènent le plus souvent les parents jusqu'à mon cabinet :

  • Ça devient une souffrance pour vous ou pour la famille.
  • L'école vous alerte. L'enseignant tient une semaine ou deux, puis vous appelle : il a un plan B, vous. Vous, vous n'en avez pas, alors vous tenez parfois des années.
  • Vous ne pouvez plus vivre normalement : sorties, anniversaires, repas de famille, tout est devenu un champ de mines.
  • Les frères et sœurs trinquent : couchers interminables, nuits hachées, cernes jusqu'aux oreilles.
  • Vous avez l'impression d'avoir tout essayé.

Et si votre enfant se met en danger ou vous inquiète par son humeur, parlez-en aussi à votre médecin.

Petit bonus : s'il est un ange chez ses grands-parents, je me frotte les mains (oui, les parents me regardent bizarrement). Ça veut dire qu'il sait faire autrement, et je vais m'en servir.

Surtout, n'attendez pas d'être au bout du bout : ces situations peuvent bouger vite.

Ce qui peut changer, et vite

Je pratique la thérapie brève. Sur les colères et l'opposition, comptez en moyenne 4 à 5 séances, avec un soulagement souvent dès les premières : moins de cris, moins de crises, des moments qu'on peut de nouveau partager. Des parents m'ont récemment dit avoir passé « les meilleures vacances de leur vie » après une ou deux séances.

Petit avertissement : un enfant très « musclé » qui voit que ses anciennes techniques ne marchent plus tente souvent un cran au-dessus. On s'y prépare ensemble.

Et je reçois d'abord les parents seuls : vous pouvez faire bouger beaucoup de choses, même si votre enfant ne vient pas.

Un premier exercice : rejouer la scène

Pas de recette magique, mais si ce n'est pas encore le moment de consulter, voici de quoi commencer.

Pendant 15 jours, après les crises les plus marquantes, notez la scène comme un plan-séquence de cinéma :

  1. Comment ça a commencé ? Quel a été le déclencheur ?
  2. Qui a dit quoi, qui a fait quoi ?
  3. À quel moment tout est parti en cacahuètes ?
  4. Comment ça s'est terminé ? On l'oublie souvent, et c'est pourtant une mine d'or.

Notez-le à chaud, et demandez à votre co-parent comment il l'a vécu. Vous verrez peut-être déjà des choses se répéter.

Et si vous vous êtes reconnu dans cet article, vous n'avez pas à rester seul avec ça. On peut en parler, et c'est précisément ce que je travaille avec les parents dans mon accompagnement des colères, de l'opposition et des couchers difficiles.

Vos questions

Est-ce normal qu'un enfant s'oppose à tout ?

Il existe des phases d'opposition tout à fait normales, notamment autour de 2 ans et à l'adolescence. Et certains enfants sont tout simplement plus opposants que d'autres, sans que les parents aient raté quoi que ce soit. Quand l'opposition dure, occupe toute la journée et épuise la famille, il est temps de se faire aider.

Mon enfant a-t-il un trouble oppositionnel avec provocation (TOP) ?

Seul un professionnel peut poser ce diagnostic. Mais avec ou sans étiquette, des solutions existent dans la relation entre parents et enfant. Le diagnostic peut déculpabiliser ; il ne doit pas vous faire croire que vous êtes impuissants.

Combien de séances faut-il pour que ça change ?

En thérapie brève, on travaille en moyenne 4 à 5 séances sur les colères et l'opposition, avec souvent un premier soulagement dès les premières séances. Je reçois d'abord les parents seuls : beaucoup de choses peuvent bouger, même si l'enfant ne vient pas.

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