
Scroller sans fin le soir : pourquoi est-ce si dur de lâcher ?

Adèle Singier
Psychopraticienne · Lyon
Ce qui peut se jouer derrière le scroll du soir
Il est 23 h 40. Vous vous étiez promis d'éteindre à 23 h. Les yeux piquent, la nuque tire, et pourtant le pouce continue de faire défiler.
Ce n'est pas qu'une question de volonté. Ce réflexe est très répandu, et il dit souvent quelque chose de votre journée.
Un moment où plus rien n'est demandé
Le soir, plus personne ne vous sollicite. Pour certaines personnes, c'est le seul moment où la journée leur appartient enfin. Scroller devient alors une façon de prolonger ce temps à soi, même si le corps réclame du repos.
Un écran sans point d'arrêt
Les fils d'actualité et les vidéos courtes s'enchaînent sans fin. Rien ne signale « c'est terminé ». L'arrêt doit venir de vous, au moment où votre énergie est la plus basse.
Ce que le scroll peut recouvrir
En séance, j'observe que ce geste remplit souvent plusieurs fonctions à la fois :
- Décompresser après une journée dense
- Éviter une pensée, une inquiétude ou une émotion qui remonte quand tout se calme
- Combler un vide ou un sentiment de solitude
- Rester relié à ce que vivent les autres
- Repousser le moment du coucher, parce que demain s'annonce lourd
Le geste est le même. Ce qu'il apaise, lui, varie d'une personne à l'autre.
Je ne peux pas dire, à travers un article, ce qui vous concerne. Mais se poser la question change déjà le regard : que cherchez-vous à retrouver, ou à fuir, à cette heure-là ?
Un exercice de 2 minutes avant de déverrouiller
Cet exercice ne vise pas à vous faire arrêter. Il sert à remettre un temps de conscience entre l'envie et le geste. Certaines personnes trouvent que cela leur permet de choisir plutôt que de subir.
À essayer ce soir, avant d'ouvrir une application
- Posez le téléphone face contre table, à bout de bras. Installez-vous, pieds à plat au sol.
- 30 secondes de respiration : inspirez par le nez sur 4 secondes, expirez lentement par la bouche sur 6 secondes. Environ 3 cycles.
- 30 secondes pour votre corps : repérez les yeux, les épaules, le ventre. Qu'est-ce qui est tendu, lourd, agité ?
- 30 secondes pour une question : « De quoi ai-je besoin, là, maintenant ? » Repos, mouvement, parole, silence, distraction ?
- 30 secondes pour choisir : ouvrir le téléphone avec une durée annoncée (par exemple 15 minutes, alarme réglée), ou répondre autrement à ce besoin.
Il n'y a pas de bon choix. L'objectif est d'observer ce qui se passe, sans vous juger.
Des pistes de réflexion pour la suite
Certaines personnes trouvent utile d'essayer l'une de ces idées, une seule à la fois :
- Noter pendant une semaine l'heure, ce que vous ressentiez avant d'ouvrir l'écran, et ce que vous ressentiez après
- Fixer un horaire de fin avec une alarme, plutôt que d'attendre d'être épuisé
- Installer un rituel de transition : lumière douce, lecture papier, étirements, boisson chaude
- Charger le téléphone hors de portée du lit, pour que le geste demande un effort
Si une de ces pistes vous agace ou semble impossible, c'est une information. Elle mérite qu'on s'y arrête, sans se forcer.
Quand consulter ?
Scroller tard de temps en temps n'a rien d'inquiétant en soi. Mais certains signes invitent à en parler à un professionnel :
- Vous voulez couper plus tôt, vous essayez, et vous n'y arrivez pas
- Vos nuits sont courtes depuis plusieurs semaines et la fatigue pèse sur votre journée
- Vous ressentez de la culpabilité, de l'irritabilité ou de la honte autour de ces soirées
- Le téléphone vous sert surtout à ne pas sentir une tristesse, une angoisse ou un vide
- Votre travail, vos relations ou votre humeur en pâtissent
Si cela vous parle, c'est que ce réflexe a probablement un sens pour vous. En cabinet à Lyon, je vous accueille sans jugement. Nous prenons le temps de comprendre ce que cette habitude occupe dans votre vie, à votre rythme.
Si vos difficultés de sommeil persistent, parlez-en aussi à votre médecin. Cet article est informatif : il ne remplace ni un avis médical ni un accompagnement personnalisé.