
Ado qui procrastine ses devoirs : que se passe-t-il vraiment ?

Adèle Singier
Psychopraticienne · Lyon
Ce qui se cache souvent derrière les devoirs repoussés
Il est 21 h. Le cartable reste fermé. Votre ado répond « j'ai le temps », puis le téléphone prend le relais, et la panique arrive vers 23 h.
De l'extérieur, cela ressemble à de la flemme. Ce n'est pas toujours ce qui se joue. Repousser le travail scolaire à la dernière minute est très fréquent à l'adolescence, et les émotions qui l'accompagnent sont souvent moins visibles que l'agacement.
Des émotions qui peuvent s'inviter
Certaines émotions peuvent se glisser entre l'intention de travailler et le moment de s'y mettre :
- La peur d'échouer : tant que le devoir n'est pas commencé, il ne peut pas être raté.
- La pression : celle des notes, de l'orientation, des attentes de la famille ou de soi-même.
- Le sentiment d'être submergé : une tâche perçue comme énorme est difficile à entamer.
- Le perfectionnisme : si le résultat ne peut pas être parfait, mieux vaut ne pas s'y confronter.
- La fatigue ou le flou : une journée chargée, un cours mal compris, une consigne pas claire.
Remettre à plus tard peut apporter un soulagement immédiat. Certaines personnes décrivent un apaisement de courte durée, puis un stress plus fort à l'approche de l'échéance.
Ce que j'entends en cabinet
À Lyon, des ados me disent souvent : « Je ne sais pas par où commencer » ou « De toute façon, ce ne sera pas assez bien ». Ces phrases parlent moins d'un manque de volonté que d'une tension intérieure.
Un ado qui repousse n'est pas forcément un ado qui s'en moque. Parfois, c'est un ado à qui cela importe trop.
Il ne s'agit pas de poser une étiquette, ni de trouver une cause unique. Chaque situation est singulière, et les raisons du report varient d'un ado à l'autre.
Ouvrir le dialogue sans braquer
Les rappels répétés, les sermons ou les menaces de sanction peuvent faire monter la tension, chez certains ados. Une approche plus calme ouvre parfois d'autres portes.
Choisir le bon moment
Évitez 22 h, en pleine urgence. Un trajet en voiture, une marche, un moment du week-end : parler côte à côte, sans face-à-face, est souvent plus facile pour un ado.
Des phrases qui invitent à parler
- « Qu'est-ce qui est le plus difficile quand tu t'assois pour travailler ? »
- « Qu'est-ce que tu ressens quand tu penses à ce devoir ? »
- « Si tu le souhaites, comment est-ce que je peux t'aider ? »
Puis écoutez, sans corriger ni conclure trop vite. Un silence fait aussi partie de la réponse.
À éviter si possible
- Les étiquettes : « paresseux », « fainéant ».
- Les comparaisons avec un frère, une sœur ou un camarade.
- Les phrases qui annoncent l'avenir : « Tu vas rater ta vie. »
Un exercice à essayer ensemble : le démarrage de 5 minutes
Ce n'est pas une méthode garantie. C'est une façon de rendre le début moins imposant.
- Votre ado choisit une seule petite tâche (par exemple, lire la consigne ou écrire trois lignes de brouillon).
- Le téléphone est rangé dans une autre pièce. Un minuteur est réglé sur 5 minutes.
- Pendant ce temps, l'objectif n'est pas de bien faire, seulement de commencer.
- Quand le minuteur sonne, trois respirations lentes : inspirer 4 secondes par le nez, expirer 6 secondes par la bouche.
- Posez une question : « Sur 10, c'était difficile à combien ? » Votre ado choisit alors de continuer 5 minutes ou de s'arrêter.
Le fait de garder le choix compte. Certaines personnes trouvent que cela diminue la pression ressentie au moment de démarrer.
Quand consulter ?
Repousser un devoir de temps en temps fait partie de l'adolescence. Il peut être utile d'en parler à un professionnel quand la situation s'installe.
Vous vous reconnaissez peut-être dans l'une de ces situations :
- Chaque soirée de devoirs se termine en conflit ou en larmes.
- Votre ado dit « je suis nul » ou « ça ne sert à rien » de façon répétée.
- Le sommeil, l'appétit ou l'humeur semblent changer.
- L'idée d'aller en cours ou de rendre un travail provoque beaucoup d'angoisse.
- Les discussions sur l'école sont devenues impossibles à la maison.
Dans ces cas, il est recommandé de consulter un professionnel de santé qualifié : médecin traitant, psychologue ou psychopraticien. Un médecin peut aussi vérifier qu'il n'y a pas d'autre piste à explorer.
Dans mon cabinet à Lyon, j'offre à votre ado un espace pour dire ce qu'il ou elle ressent, à son rythme et sans jugement. Je peux aussi vous recevoir en tant que parent, pour vous aider à y voir plus clair. Il ne s'agit pas de poser un diagnostic, mais de comprendre ce qui se joue pour votre ado.

